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Zoom sur : Le Statut du Pratiquant Roller (Interview de Stéphane CASTERAN) Version imprimable Suggérer par mail

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Très impliquée dans la création d'un statut juridique pour les pratiquants roller au sein du Code de la Route, La FFRS a remis en janvier dernier ses préconisations en termes de règles de circulation des patineurs.

Depuis 2006 et le lancement du Code de la Rue, la FFRS n'a cessé d'accroître sa participation dans la réflexion menée autour du statut juridique et de la place du pratiquant roller au sein du Code de la Route. En janvier dernier, et après trois années d'analyses et de concertations, la FFRS a remis ses préconisations au Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et de l'Aménagement du Territoire (MEEDDAT). Stéphane CASTERAN, responsable du dossier et membre du Conseil d'Administration de la FFRS revient sur les étapes et l'importance de ces travaux pour l'ensemble des patineurs. Lire la suite

Stéphane CASTERAN, pourquoi une telle implication en faveur de l'obtention du statut du pratiquant roller?

En 2001, sur 2,5 millions de pratiquants, l'INSEE en recensait 1,9 million qui utilisait leurs rollers pour se déplacer quotidiennement. Dans une de ses enquêtes, le Ministère de la Santé relevait qu'un collégien sur deux pratiquait le roller.  Nous sommes en présence d'une démocratisation du patin à roulettes et d'une diffusion aux jeunes générations. Il n'est plus possible de l'ignorer et il était urgent d'entamer une réflexion sur notre statut juridique.

Après un livre blanc en 2001, première tentative avortée, le ministère a décidé de remettre l'ouvrage sur le métier en lançant le « Code de la Rue ». Il était important que la FFRS s'associe à ces travaux.

Par ailleurs, alors que notre société recherche des modes de locomotion efficaces, sains et non polluants, je suis convaincu de la pertinence du roller. A l'instar du vélo ou de la marche à pied, il a ses avantages ; nous pourrons y revenir.

Depuis quand êtes-vous impliqué dans le roller, et plus particulièrement sur ce dossier?

Je pratique le roller depuis 15 ans environ. Très tôt, je me suis impliqué en tant que bénévole. Je suis le Président de « Roller AIR » (association bordelaise de 250 licenciés) depuis 4 ans. Le projet associatif de cette dernière repose sur deux axes de travail :

  • l'un sportif, comme tout club «classique»,
  • l'autre centré autour de la mobilité et de la représentation des usagers à rollers.

Mon investissement sur ce dossier s'est donc d'abord fait sur le plan local. La FFRS participe à la démarche Code de la Rue depuis 2006, mais il était nécessaire de muscler notre participation pour être audible. Aussi, dès mon élection au CA fédéral il y a deux ans, je me suis pleinement consacré à ce dossier.

Lorsque l'on parle du statut du pratiquant Roller, de quoi parle-t-on vraiment?

Le Code de la Route, bien que plusieurs fois remanié, est un document ancien. Il ne fait nulle mention des patineurs. L'enjeu est ici de fixer les règles de circulation des patineurs et ce, pour la sécurité de tous.

Sans statut pour le moment, à quelles règles doivent se référer les patineurs aujourd'hui?

Le vide juridique dans lequel nous sommes a été en partie comblé par des réponses du Ministère de l'Intérieur aux questions de nos parlementaires : le roller doit être assimilé à un piéton. Ceci implique que nous avons les mêmes droits et les mêmes devoirs que ces derniers. A savoir que :

  • Le patineur doit emprunter le trottoir, sauf si ce dernier est inexistant ou impraticable. Il peut alors utiliser la chaussée en se tenant près du bord droit en agglomération et gauche hors agglomération sauf si cela est de nature à compromettre sa sécurité.
  • Le patineur doit traverser perpendiculaire à l'axe de la chaussée, utiliser les passages piétons lorsque ces derniers sont placés à moins de 50m en aval ou en amont et traverser au vert s'il y a lieu.
  • Sa vitesse n'est pas limitée, à l'instar du joggeur. Toutefois, il est évident qu'un minimum de civisme implique de faire attention aux autres usagers présents sur le trottoir, en particulier les plus vulnérables, et d'adapter son allure.
  • Les pistes et bandes cyclables lui sont interdites, sauf si la voie est classée "voie verte". Dans ce cas, tous les véhicules non motorisés peuvent l'emprunter.

En quoi le patineur est-il différent du piéton ou du cycliste?

Pour bien faire comprendre la singularité du patineur, nous l'avons qualifié de « piéton véloce ». C'est-à-dire qu'il se situe à mi-chemin entre un vélo, dont il peut adopter la vitesse de croisière et le piéton, dont il conserve la souplesse d'utilisation et l'encombrement quasi-nul.

Limiter le patineur au trottoir est dangereux pour lui et pour les autres, au regard de sa vitesse élevée. A l'inverse, lui interdire son utilisation poserait d'autres problèmes tout aussi importants pour les enfants, les patineurs débutants ou pour celles et ceux qui décident de flâner roulettes aux pieds.

Notons par ailleurs que l'emprise au sol d'un patineur n'est que très légèrement supérieure à celle d'un vélo. Il peut facilement se déplacer sur les bandes cyclables dont la largeur répond aux recommandations (1m20). Lorsqu'elles sont plus petites, c'est un autre problème qui se pose dans les mêmes termes aux cyclistes.

Quelles ont été les différentes étapes dans la prise en compte de ce statut et où en sommes-nous aujourd'hui?

  • Avril 2006 : lancement du Code de la Rue
  • 2° semestre 2007 : la FFRS renforce sa participation. Collaboration avec l'association Roller Squad Institut (RSI).
  • Sept 2007 : Lancement de la première phase de la campagne de sensibilisation des élus
  • Janv 2008 : Le ministère accepte l'ouverture d'un chantier consacré au statut du patineur. S'en suivent de nombreuses réunions mensuelles.
  • Sept 2008 : 2° phase de la campagne de sensibilisation
  • Déc 2008 : Présentation de nos préconisations en Comité de Pilotage. Pour des raisons d'organisation interne, le Ministère ajourne sa prise de décision le temps d'étudier la question du statut d'autres « nouveaux » engins, tel le Segway.
  • Juin 2009 : Prise de décision du ministère
  • Sept 2009 : Introduction d'un nouveau statut

En quoi consiste précisément le Code de la Rue?

Le Code de la Rue est une démarche initiée par l'ex Ministère de l'Equipement, aujourd'hui MEEDDAT. Il s'agit d'un groupe de travail où siègent les représentants de l'Etat, des collectivités locales et des associations et fédérations d'usagers. Il se réunit à deux niveaux :

  • en comité de pilotage tous les 6 mois sous la présidence de la Délégation Interministérielle à la Sécurité Routière pour fixer les grandes orientations et valider les travaux,
  • en comité technique tous les mois pour instruire les dossiers.

Pourquoi la FFRS s'est-elle impliquée dans cette démarche?

Il est vrai qu'au premier abord, il peut paraître surprenant pour une fédération sportive délégataire de s'investir sur un tel dossier. Mais il faut regarder de plus près, de quoi parlons-nous. Il s'agit de participer au toilettage des règles qui encadrent notre évolution sur la voie publique. Si nous ne traitons pas stricto sensu de la pratique du roller, nous travaillons sur notre futur cadre de pratique. Et c'est tout aussi important.

Nous voyons bien l'enjeu pour les clubs de Randonnée ou de Course qui pourraient voir leurs conditions d'exercice améliorées. Mais je crois aussi à une fédération ouverte sur la société et en phase avec son temps. Ici, nous contribuons au développement d'un mode de locomotion moderne répondant aux enjeux d'aujourd'hui. Et si cela a une répercussion sur le nombre de licenciés, nous aurons fait d'une pierre deux coups !

Quelles sont les préconisations faites pas la Fédération pour le Code de la rue?

On peut les décomposer en 6 points :

  • Utilisation des trottoirs à vitesse d'un piéton : une réforme, indépendante du chantier roller, est en cours pour limiter la vitesse de l'ensemble des usagers sur les trottoirs (y compris les joggers). On parle de "vitesse adaptée" en fonction de l'encombrement. En d'autres termes, l'usager qui court sur un trottoir bondé verra sa responsabilité engagée en cas d'accident. En théorie, il pourrait même être verbalisé. Les patineurs seront également concernés.
  • Utilisation de la chaussée à la vitesse d'un cycliste : pour permettre un déplacement efficace, les patineurs auraient le droit de se déplacer sur la chaussée. A minima dans les Zones 30 et de Rencontre; ce point fait encore débat.
  • Utilisation des bandes et pistes cyclables : les patineurs y seront autorisés. Une bonne nouvelle également pour celles et ceux qui utilisent les pistes cyclables pour se balader.
  • Hors agglomération : lorsqu'il n'y a ni trottoir, ni accotement ou que ces derniers sont inutilisables, le patineur aurait le droit de circuler sur le côté droit de la chaussée.
  • Port de dispositifs rétroréfléchissants : A la nuit tombée, en agglomération, le patineur devrait porter des dispositifs rétroréflechissants visibles de l'avant, de l'arrière et des côtés. Cela pourrait être des brassards à chaque bras. Hors agglomération, de nuit ou lorsque la visibilité est insuffisante, les patineurs devraient porter un gilet haute visibilité. Comme les cyclistes.
  • Interdiction du catch : Il serait interdit pour les patineurs de s'accrocher à des véhicules à moteur.

Que permettra l'obtention d'un statut pour les patineurs?

Tout d'abord, nous l'espérons, des règles adaptées aux réalités du déplacement à roller et garantes de la sécurité de l'ensemble des usagers. Il n'est pas question ici de jouer avec le feu, ce serait irresponsable et contre-productif.  Ensuite, un développement facilité du roller et en particulier du roller urbain. Et enfin, pour les clubs de Course et de Randonnée, des conditions plus souples pour circuler sur la chaussée, les bandes et pistes cyclables.

Quel chemin reste-t-il à parcourir?

L'objectif premier est d'obtenir la transposition règlementaire de nos préconisations. Si nous avons fait consensus avec les autres membres du Comité Technique, il reste encore quelques points en discussion avec la Délégation Interministérielle à la Sécurité Routière. Il est indispensable que nous maintenions une position ouverte au dialogue, mais ferme et déterminée quant à nos objectifs.

Ensuite, nous aurons toute la légitimité pour un travail plus large sur notre environnement de pratique. Je pense en particulier aux revêtements de sols. Nous avons des convergences d'intérêts avec les associations de piétons ainsi que celles de personnes handicapées ou non-voyantes.  Par ailleurs, la loi sur l'accessibilité qui impose, pour tout nouvel aménagement, de garantir un cheminement minimum de 1m40 exempt de tout obstacle au pied, à la roue ou à la canne, nous est très favorable.

Je pense également à la possibilité pour les associations locales de s'investir dans les plans de déplacement doux ou d'engager un travail avec les autorités responsables de transport sur l'utilisation des transports en commun par les patineurs. Lyon et Bordeaux sont en pointe sur ce sujet. D'autres villes devraient suivre.

Enfin, ne perdons pas de vue qu'un statut pour les patineurs nous ouvre une voie nouvelle de communication. En particulier auprès des scolaires à travers des actions de sensibilisation et de prévention routière.

A partir des expériences de certaines associations, telle Roller Squad Institut, je souhaite que la Commission Nationale Randonnée puisse aider les clubs en élaborant des kits pédagogiques et en créant le « Diplôme du Patineur Citoyen ».

Enfin, et ce sera la dernière question, pour les patineurs qui souhaiteraient participer et encourager cette démarche, que peuvent/doivent-ils faire?

La campagne de sensibilisation lancée en 2007 a été déterminante. Nous avons sollicité les clubs, les Comités Départementaux de Roller Skating et Ligues pour interpeller les élus. Nous avons centralisé une centaine de courriers de soutien d'élus de tous bords. 17 Députés et 5 Sénateurs ont également décidé d'interpeller le gouvernement (leurs questions écrites sont consultables sur les sites de Sénat de l'Assemblée Nationale).

Nous souhaitons maintenir la pression et entretenir les contacts déjà noués. A la rentrée dernière, nous avons lancé l'acte II de cette campagne. Chaque semaine, nous recevons de nouvelles réponses.

 
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